Coups de Cœur pour les adultes

Yslaire

Mademoiselle Baudelaire

Deux cents ans après sa naissance, Baudelaire continue de marquer les générations et le poète plane sur l’œuvre d’Yslaire depuis les origines. C’est pourtant Jeanne Duval, celle que le poète a le plus aimée et le plus maudite, que le dessinateur a choisie pour revisiter dans ce chef-d’œuvre la matière sulfureuse et autobiographique des Fleurs du mal. De Jeanne, pourtant, on ne sait presque rien, ni son vrai nom, ni sa date de naissance, ni sa date de décès. Aucune lettre signée de sa main ne nous est parvenue. Restent quelques témoignages, des portraits dessinés par Baudelaire lui-même, une photo de Nadar non authentifiée, sans oublier les poèmes qu’elle lui a inspirés. Jeanne, « c’est l’invisible de toute une époque » qui réapparaît dans la résonance féministe de la nôtre. Elle qui était stigmatisée comme mulâtresse, créole et surnommée « Vénus noire » en référence à la « Vénus hottentote », aimante tous les préjugés d’un siècle misogyne et raciste.

Avis de Catherine : Parcours d’un poète torturé par la maladie et l’amour mouvementé porté à sa muse créole ensorcelante. Vie d’artiste provocante pour une époque corsetée par la morale.

Bande dessinée sensuelle agréable à lire et à détailler malgré sa noirceur.

A retenir l’histoire d’amour intense de deux êtres laminés par l’opium mais inspirée des fleurs du mal.

©, Dupuis, 2021

Elena Ferrante

La vie mensongère des adultes

Giovanna, fille unique d’un couple de professeurs, vit une enfance heureuse dans les hauteurs de Naples. L’année de ses douze ans, elle surprend une conversation dans laquelle son père la compare à Vittoria, une tante à la réputation maléfique. Bouleversée par ce rapprochement aussi dévalorisant qu’inattendu, Giovanna va chercher à en savoir plus sur cette femme. En fouillant l’appartement, elle déniche de rares photos de jeunesse sur lesquelles son père se tient aux côtés d’une personne mystérieusement recouverte de feutre noir. Elle décide alors d’aller à la rencontre de cette Zia Vittoria habitant les quartiers pauvres de Naples. Dans cette partie de la ville qui lui était inconnue, l’adolescente découvre un autre univers social, une façon d’être plus spontanée. Incitée par sa tante à ouvrir les yeux sur les mensonges et les hypocrisies qui régissent la vie de ses parents, elle voit bientôt tout le vernis du monde des adultes se craqueler. Entre grandes espérances et cuisantes désillusions, Giovanna cherche sa voie en explorant les deux visages de la ville, comme deux aspects de son identité qu’elle tente de concilier.

Avis de Fabienne :Giovanna en plein questionnements d’adolescence découvre son corps et l’esprit critique. Elle apprend à voir au-delà des apparences en se frottant à deux mondes d’adultes en opposition dans leurs valeurs.

Belles réflexions humaines.

©, Gallimard, 2020

Geoffroy Delorme

L’homme-chevreuil

« Amoureux de la nature, Geoffroy Delorme n’a pas vingt ans quand il aperçoit, dans la forêt de Louviers en Normandie, un chevreuil curieux et joueur (…)

Vivre seul en forêt sans tente, ni abri, ni même un sac de couchage ou une couverture, c’est surtout apprendre à survivre. Geoffroy Delorme suit l’exemple des chevreuils. Il adopte leurs comportements, apprend à se nourrir, à dormir et à se protéger comme eux (…) »

Avis de Magali : Découvrez l’histoire d’un homme qui a vécu durant plusieurs années dans la forêt de bord, non loin de chez nous. Une immersion dans le quotidien d’un humain dont les meilleurs amis sont des chevreuils…

A la fois d’une tendresse inouïe envers la nature mais aussi très dur concernant les modes d’exploitation des forêts, ce livre vous plongera dans une réalité méconnue de la vie des chevreuils…

©, Les Arenes Eds, 2021